Mot du directeur
Les politiques de la ville de Montréal
D’abord, l’enjeu électoral
Jeudi le 6 octobre dernier avait lieu le lancement de la politique culturelle de la Ville de Montréal. Mme Francine Senécal, vice-présidente du comité exécutif, responsable de la Culture et du Patrimoine à la Ville de Montréal, le maire de Montréal, Gérald Tremblay, ainsi que M. Simon Brault, de Culture Montréal, prirent respectivement la parole devant une salle comble. L’occasion était donnée aux représentants de la mairie de célébrer cette avancée et de réaffirmer l’importance de la culture dans le développement de la métropole. À cette étape névralgique, c’est avant toute chose la position de Culture Montréal qui est éclairante pour les membres de la SDMM. D’abord ce constat : le contexte électoral n’est pas toujours favorable à des débats de fond à propos de la culture, il faut se rabattre sur les plates-formes électorales pour comprendre où se situent les enjeux. Or leur lecture est édifiante, le contenu électoral en matière de culture et de patrimoine – indépendamment des partis en lice – est mince. Le maire Tremblay n’a pas pris d’engagement clair en ce qui concerne la culture à l’intérieur de sa plate-forme électorale, contrairement à l’appel aux urnes d’il y a quatre ans. Un tel oubli surprend le milieu, surtout si l’on considère l’immense contribution des derniers mois. Tout permettait de croire que cet enjeu allait être considérable lors de l’élection.
L’explication tient toutefois au fait qu’en grande partie, le dépôt de cette politique – voire celle de sa sœur jumelle vouée au patrimoine – sonne la charge : à ce point précis de l’évolution des deux politiques, la Ville est entièrement engagée, mais elle invite le milieu à l’accompagner une fois de plus, cette fois dans la quête de nouveaux investissements (p. 10). En clair, les contributions des deux paliers supérieurs de gouvernement sont dans la mire de la Ville.
Il faut alors comprendre que le projet de politique culturelle de la métropole sera certes un enjeu électoral, mais seulement lors des élections fédérale et provinciale. On peut cependant se poser la question : la refonte du pacte fiscal au profit de la métropole est-elle la seule planche de salut de cette politique ? Certainement pas. La SDMM et Culture Montréal (voir le communiqué du 30 août 2005 de Culture Montréal) n’hésitent pas à dénoncer le fait que concrètement, « les moyens financiers de la Ville sont anémiques ». À qui la faute ? Et doit-on pour autant en rester là ?
C’est probablement toute la probité du plan d’action à venir qui entre ici en ligne de compte. Si le panorama des recommandations provenant du travail du groupe d’experts comme des consultations dresse le tableau des lignes de forces culturelles de la métropole, il n’en demeure pas moins que dans le contexte actuel, la Ville peut remédier à bien des défauts en s’attaquant aux problèmes qui ne relèvent pas du financement. Élaborer une politique afin de se préparer un réquisitoire pour de nouveaux investissements consacre une stratégie classique et des objectifs tout à fait légitimes. Il est cependant important de comprendre les lacunes actuelles de la Ville en matière de culture, particulièrement dans le contexte de l’émergence des pouvoirs d’arrondissements. Dans la parenthèse qui nous sépare des véritables rendez-vous électoraux et d’un nouveau pacte fiscal, la Ville pourra démontrer son sérieux en réparant la plomberie avant de souhaiter construire une rallonge.
Dans le cas que nous connaissons le mieux, c’est-à-dire les musées municipaux, cela pourrait tout simplement prendre la forme d'une vision globale de la muséologie municipale, laquelle viserait l’intégration de ses dimensions artistique, ethnohistorique et scientifique, comme du rôle spécifique de cette muséologie dans la Ville et parmi les autres acteurs muséaux. C’est donc dire que si le message d’une bataille à livrer auprès des autres paliers de gouvernement est passé et fait l’unanimité, il n’y a aucune raison d’attendre les résultats des représentations de la Ville dans le domaine culturel pour agir. À l’engagement des autorités de la Ville de Montréal en matière de culture, souhaité par Culture Montréal, doit s’ajouter leur désir, à court terme, de consolider et d’améliorer les acquis de la Ville ; en fait, de s’attaquer aux défis que la politique présentée en page 12.
De l’instrument qu’est la politique culturelle
C’est précisément pour cette raison que, si tous reconnaissent la force de la politique culturelle, tous sont aussi d’accord pour la voir évoluer rapidement. Ce que l’on remarque d’emblée – et ce constat avait été fait dès le dépôt des versions préliminaires de la politique – c’est que celle-ci n’a pas la même mouture que la politique du patrimoine. Pourquoi ? D’abord, ses principales faiblesses : elle ne mesure pas l’ampleur du développement socioéconomique des institutions comme de l’industrie culturelle et elle ne rend pas compte des particularités de ce secteur économique en plein essor. À ce point de ladite « nouvelle » économie du savoir, on ne peut toutefois blâmer la Ville de Montréal. À titre d’exemple, le MCCQ n’a que depuis peu des outils statistiques en main afin de cerner le phénomène culturel sous l’angle économique, et dans le cas particulier des musées, un rapide coup d’œil permet de comprendre que ces outils connaîtront sans doute une phase tout à fait normale d’ajustement avant de produire des données réellement sûres et conséquentes.
À l’intérieur de la politique, le seul recours à des statistiques économiques – en annexe (p. 63) – présente une comparaison des investissements municipaux de plusieurs des principales agglomérations urbaines nord-américaines, dont Montréal. Compte tenu des limites comparatives du genre, cette annexe n’apporte que peu d’information vraiment utile, ce qui est tout à fait symptomatique de l’état de la connaissance actuelle en matière d’économie culturelle.
Heureusement, de nouveaux outils économiques sont en formation : à la Ville, l’idée d’une approche par « grappe » – modèle consacré par le maire Tremblay et il nous l’a d’ailleurs rappelé lors du lancement de la politique – s’appliquera bientôt à la culture. L’arrivée au provincial de Placement Culture, du programme de développement économique pour les régions ressources – volet touristique, d’une structure de soutien aux institutions muséales et de cellules d’expertise régionales viendront progressivement pallier à cette situation et donneront à la politique plus de ressources. Mais dans l’attente d’autant de promesses, voilà certainement l’une des pistes susceptibles de garantir à Montréal sa position de chef de file : spécialiser sa compréhension économique de la culture pour mieux la soutenir. L’exception métropolitaine confine la Ville à développer cette expertise si elle veut assurer son influence en la matière. Parlant d'outils économiques, mentionnons l'entente sur le développement culturel de Montréal, citée en page 72 (MCCQ-Ville), laquelle est très importante. Elle mériterait aussi d'être discutée, que l’on en fasse le bilan et qu’on en revoie l’esprit afin notamment de favoriser la collaboration des partenaires. C'est un outil stratégique à maints égards, la clé de voûte de la reconnaissance par Québec du statut culturel métropolitain de Montréal. Mais cela se construit dans l'ombre, contrairement à la transparence du Conseil des Arts, lequel a cependant un impact limité ou nul sur de nombreux musées, particulièrement les musées d’histoire ou de sciences.
Contrairement à ce que pourrait laisser croire cette remarque à propos du bien-fondé d’un relevé statistique concernant l’économie culturelle, l’une des qualités de la politique est de comprendre ce qu’est la culture. Tout le contexte et l’environnement créatif y apparaît, cet intangible qui tombe bien souvent dans le vide des colonnes de chiffres qui ne calculent que le concret. La culture fut longtemps déformée par ce miroir du concret à tout crin qui est la marque de commerce des études économiques de l’ère industrielle. La politique culturelle assume bien ce préalable méthodologique quand vient le temps d’aborder un objet fuyant comme la culture.
Deux remarques alors sur la faiblesse de l’approche. Cet intangible culturel dont l’icône par excellence est ce « capital créatif », fortement inspiré par la place des créateurs dans la société, doit aussi laisser une place au « travailleur culturel ». L’expertise culturelle n’est pas que création, elle est aussi affaire de métier. Et lorsqu’on grossit le point de vue en incluant le créateur et les gens de métier – ce qui est le lot des musées, des théâtres, etc., le poids réel de la culture prend des proportions gigantesques. Cet intangible est aussi beaucoup plus complexe que l’image de marque qui en est le pâle reflet et qui, d’une certaine manière, représente le point d’aboutissement de cette approche « contextuelle » dans la politique (p. 36). Cette image de marque est « joie de vivre », « convivialité », « festivité » et est à la source d’une affirmation énorme : « Montréal, ville de festivals ». On comprendra qu’en bout de ligne, c’est le pôle « divertissement » de la culture qui prend le dessus par cette image fixe, réalisée sous le poids combiné de l’industrie hôtelière et culturelle, des festivals et du Casino. Qu’en est-il du projet qui fait de Montréal une « ville de savoir et de culture » à portée plus éducative ? La place des institutions culturelles, plus particulièrement des musées, reste à faire comprendre. Par sa structure même, la politique culturelle trace un trait entre ce qui est destiné aux citoyens (bibliothèques, musées, réseau patrimoine) et ce qui est destiné aux touristes (festivals). Or, cette réduction en image fixe ne tient pas la route.
L’autre écueil de cette approche contextuelle est « le statut métropolitain » qui jalonne tout le discours qualitatif et comparatif de la politique. S’il est politiquement nécessaire, il a pour effet d’en brouiller la validité. Au cours de son développement, la politique culturelle aura intérêt à se recentrer sur cette réalité – faite d’infrastructure, d’expertise et de contexte – et à mettre en sourdine l’anesthésiant statut de métropole culturelle et son image de marque.
En comparaison, la jumelle de la politique culturelle, la politique du patrimoine, est nettement plus documentée et tend toujours à centrer son analyse sur des faits et objets montréalais. Elle ne tombe pas dans le piège de la comparaison ou de l’ambition métropolitaine, nettement plus politique. C’est que la politique du patrimoine fait beaucoup plus de place aux principes de régie interne et n’engage pas de réquisitoire, à la manière des milieux qu’elle consulte. Il faut dire que la responsabilité administrative de la Ville en matière de patrimoine est beaucoup plus directe et profite largement d’une expertise interne. Ce point de vue pratique et théorique de la culture dans le contexte de l’agglomération aurait été adéquat et probablement plus convaincant.
En conclusion
La politique culturelle confirme ce que l’on sait depuis longtemps : Montréal est une métropole culturelle, hautement créative. Le résultat surpasse les attentes et même ses points faibles ne sont pas vains, car ils mettent au jour tout ce qui est inconnu et ce qui se cache derrière cet état de fait. Le défi du développement culturel se situe donc à l’intérieur d’un financement adéquat reconnu par tous les paliers de gouvernement, mais aussi dans la régie interne de la Ville en matière de culture, laquelle doit faire l’objet de plus d’attention. Par la même occasion, souhaitons que la Ville saisira la chance d’innover et de bien comprendre ce pan essentiel de ladite nouvelle économie du savoir qu’est la culture. Rappelons-le, le partenariat des musées, reconnu dans la politique (p. 28), implique cette dimension économique liée aux stratégies de financement des arts et de la culture.
Pour la suite des choses, il faut également rappeler que les musées sont des partenaires dans la plupart des aspects de la politique cités comme « lieu d'intervention en culture » (p. 5). Cela couvre l’aménagement du territoire, le domaine du loisir, la promotion des valeurs sociales, l’économie, le développement durable et particulièrement l’intégration des communautés culturelles, comme dans les efforts de scolarisation (p. 9), d’accès et de proximité à la culture. La SDMM doit être associée au colloque sur la diffusion municipale (p. 25) et au concept de revitalisation urbaine intégrée (p. 28). Le développement de la cyberculture (p. 43), où les musées pourraient jouer un rôle beaucoup plus important – avec les moyens qu'il faut et une association avec le secteur du multimédia plus affirmée – est également possible, situé d’ailleurs dans le sillon des états généraux d’il y a déjà près de trois ans.
La totalité des recommandations de la SDMM ont été entendues et la grande majorité retenues, nous en sommes satisfait. Rappelons en terminant trois des principales recommandations présentes dans la politique et pour lesquelles nous préparons déjà la suite, soit la médiation culturelle, le partenariat et la signalisation urbaine des musées. Voilà le travail à venir.
Patrice Giroux
Directeur général
Mot sur la Carte Musées Montréal
La carte Musées Montréal va bon train !
La carte musées Montréal dans la version que nous connaissons aujourd’hui (valable trois jours consécutifs et donnant libre accès à 30 musées et attraits ainsi qu’au réseau de transport en commun) a vu le jour en mai 2004.
Célèbre auprès du personnel des billetteries pour ses étiquettes code-barres qu’il faut décoller et apposer une sur le rapport de ventes, l’autre sur le rapport de visites, elle restera à jamais marquée dans la mémoire de Kim Gagnon. Cette stagiaire à la SDMM à l’été 2005 et employée à temps partiel depuis s’est vu confier la mission de reprendre sa gestion depuis le début grâce la base de données Access. Cela signifie saisir à l’ordinateur une à une les 8000 cartes distribuées à ce jour et, avec le lecteur code-barres, enregistrer – et entendre - autant de « bips » que les 6442 cartes vendues et les 28 787 visites générées de mai 2004 à fin août 2005 !
Les plus rapides auront déjà fait le calcul mental : hé oui, les détenteurs de la carte font en moyenne la visite de 4,5 musées en 3 jours, ce qui est formidable en soi ! Pour la petite histoire, 15 % d’entre eux ne font qu’une ou deux visites de musées, mais autant en font plus de 7, avec des marathons aussi surprenants que 16, 17, 18, voire 19 musées visités (bon, là-dessus, un appel à la vigilance a été lancé afin que les dates de validité soient bien inscrites sur les cartes et contrôlées par la suite).
Nous sommes aujourd’hui en mesure de comparer deux périodes de « vie » de la carte musées qui, sans être les mêmes, s’apparentent : de mai à décembre 2004 et de janvier à août 2005, soit deux cycles de 8 mois englobant la haute saison touristique. Entre les deux périodes, on constate une progression des ventes de 46 % et des visites de 50 %. Au palmarès des meilleurs vendeurs, de janvier à août 2005, le groupe « musées » remporte la palme avec 1573 ventes en 2005 contre 1370 pour le groupe « bureaux d’information touristique », 784 pour le groupe « institutions hôtelières » et
48 pour le groupe « voyagistes ». Mais vous aurez bien compris que les deux meilleurs vendeurs « individuels » sont les deux bureaux d’information touristique, avec 998 cartes vendues au comptoir Travelprice du centre Infotouriste du centre-ville et
372 au bureau d’accueil touristique du Vieux-Montréal. C’est l’évidence : la décision d’achat pour le touriste se fait sur place, c’est pourquoi les agents d’information touristique, le personnel à l’accueil des musées ou les concierges d’hôtels demeurent les meilleurs ambassadeurs qui soient pour la carte musées.
La carte va donc bon train auprès des touristes étrangers. Se pointe pour elle à l’horizon le marché des congrès (et spécialement celui des accompagnateurs des délégués) puis, plus près de chacun de nous, celui des résidents de Montréal et de la banlieue ! En fait, une idée a surgi que nous allons tenter de faire vivre cet hiver et que je vous invite à propager autour de vous : offrir la carte musées Montréal comme cadeau de Noël, une invitation à mille découvertes et plaisirs, un vrai beau cadeau d’amour !
Sur cette note festive, souhaitons longue vie à la carte musées Montréal.
Nathalie Choquette
Coordonnatrice aux communications et au marketing